La requête « déjeuner sur l'herbe 1863 » pointe vers un seul et même tableau : la grande huile sur toile d'Édouard Manet, aujourd'hui conservée au musée d'Orsay à Paris, et qui mesurait à l'origine environ 207 × 265 cm. En 1863, il ne s'appelait pas encore « Le Déjeuner sur l'herbe » mais « Le Bain », titre sous lequel il fut présenté au Salon des Refusés le 15 mai de cette année-là. C'est cette œuvre, ce titre, cette date et ce scandale que vous cherchez.
Déjeuner sur l’herbe 1863 : guide d’identification et sens
Identifier l'œuvre : Manet, l'année 1863 et « Le Déjeuner sur l'herbe »

Édouard Manet peint la toile au début des années 1860 et la soumet au Salon officiel de 1863. Certains s'intéressent aussi au tableau de Guillaume Durand, qui a remis ce thème au goût du jour en France déjeuner sur l'herbe. Le jury la refuse. Napoléon III, alerté par le nombre inhabituellement élevé d'œuvres refusées cette année-là, décide d'organiser une exposition parallèle, le fameux Salon des Refusés, où le public peut juger lui-même. C'est là que « Le Bain » de Manet est accroché, et c'est là qu'il devient une attraction, dans tous les sens du terme : on vient le voir pour s'en moquer, pour s'en scandaliser, pour en débattre.
Le titre « Le Déjeuner sur l'herbe » s'est imposé progressivement, après coup, et c'est celui que les musées et les historiens de l'art ont retenu. Manet lui-même avait une autre expression pour désigner la scène : il la surnommait en privé « la partie carrée », ce qui en dit long sur son regard à la fois distancié et malicieux sur son propre travail. Retenez donc ces trois noms pour la même œuvre : Le Bain (titre d'exposition en 1863), La Partie carrée (surnom de l'auteur), Le Déjeuner sur l'herbe (titre définitif). Sur Histoire par l'image, on explique aussi que l’œuvre est d’abord connue sous le titre « Le Bain » au Salon des Refusés avant que « Le Déjeuner sur l’herbe » ne s’impose avec le temps Le Bain (titre d'exposition en 1863).
| Élément | Détail |
|---|---|
| Auteur | Édouard Manet |
| Titre en 1863 (Salon des Refusés) | Le Bain |
| Titre définitif | Le Déjeuner sur l'herbe |
| Date d'exposition | 15 mai 1863 |
| Technique | Huile sur toile |
| Dimensions | 207 × 265 cm environ |
| Lieu de conservation | Musée d'Orsay, Paris |
Ce que raconte la scène : herbe, plein air et modernité
La composition est à la fois simple et déstabilisante. Au premier plan, deux hommes habillés à la mode du Second Empire, redingotes, chapeaux, cravates, sont assis sur l'herbe avec une femme nue. À leurs côtés, un panier de fruits renversé, des vêtements éparpillés. En arrière-plan, une seconde femme, vêtue d'une chemise blanche, se baigne dans un ruisseau peu profond. La forêt, dense et verte, ferme la scène.
L'herbe ici n'est pas un simple décor. Elle est le cadre d'une revendication : celle de la scène de plein air, du pique-nique contemporain, de la nature accessible et bourgeoise. Manet s'appuie sur une longue tradition du motif pastoral, le Concert champêtre de Titien (ou Giorgione selon les attributions de l'époque), conservé au Louvre, lui sert de référence explicite pour l'association de figures humaines et de verdure. Mais là où la Renaissance transformait la nature en allégorie idéalisée, Manet la rend prosaïquement actuelle : ses personnages sont des contemporains, pas des dieux ni des nymphes.
Ce basculement entre nature idéalisée et nature vécue, c'est précisément ce que l'herbe signale dans la peinture française de cette période. Elle cesse d'être un fond symbolique pour devenir un espace de vie moderne, un lieu de loisir, une invitation à observer le présent plutôt qu'à contempler le mythe. C'est dans ce sillon que s'inscriront bientôt Monet, Renoir et les impressionnistes.
Pourquoi ça a choqué : contexte artistique et réception au Salon des Refusés

Le scandale de 1863 ne tient pas au nu en lui-même. Le Salon officiel acceptait régulièrement des nus féminins, à condition qu'ils soient justifiés par la mythologie ou l'allégorie : une Vénus, une nymphe, une déesse, on sait que c'est fictif, on peut regarder sans malaise moral. Ce que Manet fait, et que les visiteurs du Salon des Refusés perçoivent immédiatement, c'est de montrer une femme nue dans un contexte résolument contemporain, assise sur l'herbe à côté d'hommes habillés comme monsieur tout le monde. Le tabou n'est pas la nudité, c'est la vraisemblance sociale de la scène.
La critique s'est déchaînée et le public a ri, ce qui est souvent plus cruel que la colère. L'œuvre a attiré sarcasmes et opprobre. On reprochait aussi à Manet ses choix picturaux : les contrastes d'ombre et de lumière jugés trop brutaux, une profondeur de champ peu conventionnelle, les figures qui semblent « plaquées » sur un fond végétal plutôt qu'intégrées naturellement dans l'espace. Ce que les académiciens lisaient comme une maladresse technique était en réalité une rupture délibérée avec l'illusion de profondeur que la peinture d'histoire cultivait depuis la Renaissance.
1863 est donc une date charnière dans l'histoire de l'art français : le moment où le Salon officiel cesse d'être le seul arbitre du goût, et où une exposition parallèle, involontairement, par décision impériale, crée un espace pour la peinture moderne. Le Salon des Refusés ne dure qu'une saison, mais il laisse une empreinte durable dans les débats qui mèneront à l'impressionnisme une décennie plus tard.
Lecture iconographique guidée : comment regarder l'herbe et la composition
Quand vous vous retrouvez face au tableau, résistez à la tentation de regarder d'abord la femme nue. Commencez par l'herbe et le fond. La végétation forme une sorte de rideau vert qui aplatit l'espace : il n'y a pas de ciel, pas d'horizon lointain, pas de perspective en fuite. Manet enferme la scène dans la verdure comme dans une alcôve. C'est cet aplatissement qui donne à la composition son étrangeté, sa tension entre profondeur simulée et surface revendiquée.
Pour la composition du groupe central, Manet s'est appuyé sur une source connue et identifiée : une gravure de Marcantonio Raimondi d'après un dessin de Raphaël (Le Jugement de Pâris). Le geste du bras de l'homme de droite, la posture des figures, tout cela vient de là. Ce n'est pas du plagiat, c'est une citation, et une citation très consciente. Manet revendique l'héritage des maîtres anciens pour mieux le déplacer vers la modernité.
Regardez ensuite le regard de la femme nue : elle fixe le spectateur, directement, sans pudeur ni invitation. Ce regard frontal, qui brise la quatrième paroi, est l'un des éléments les plus dérangeants de la scène. Elle ne pose pas pour les hommes qui l'entourent, elle pose pour vous. C'est ce même regard que Manet répètera deux ans plus tard dans Olympia (1865), avec des conséquences similaires.
Deux lectures s'organisent naturellement devant ce tableau : d'abord la citation de l'Ancien (pastoral, gravure renaissante, Concert champêtre) qui donne à la scène une dignité culturelle revendiquée ; ensuite la rupture de l'Actuel (vêtements contemporains, regard direct, herbe banale plutôt qu'Arcadie mythique) qui transforme cette dignité en provocation. Si vous cherchez une autre piste pour comprendre l'esprit de cette scène, jetez aussi un œil au texte déjeuner sur l herbe 7ème, qui prolonge l'analyse par une lecture plus « moderne » du motif. L'herbe est le pivot entre ces deux lectures.
Où voir le tableau et comment préparer une visite en France

Le Déjeuner sur l'herbe de Manet est conservé et exposé en permanence au musée d'Orsay, 1 rue de la Légion d'Honneur, Paris 7e. C'est la destination principale si vous voulez vous confronter à l'original. Le musée est accessible par le RER C (station Musée d'Orsay) ou le métro ligne 12 (station Solférino). Prévoyez au moins deux heures pour le contexte : les salles consacrées aux années 1860-1880 permettent de situer Manet parmi ses contemporains, de voir comment la peinture officielle cohabitait (mal) avec ces nouvelles tendances.
Pour enrichir la visite, un passage au musée du Louvre s'impose : c'est là que vous pouvez voir Le Concert champêtre de Titien, la source pastorale directe que Manet avait en tête. Confronter les deux œuvres en une même journée, ou en deux visites rapprochées, est l'un des exercices les plus instructifs que l'on puisse faire sur la continuité et la rupture dans l'art français. Du Louvre à Orsay, on parcourt quatre siècles de rapport à la nature et à la figure humaine.
Si votre curiosité dépasse le tableau pour s'étendre à l'iconographie de l'herbe dans l'art et dans les paysages français, il existe d'autres espaces à explorer. Si vous cherchez une carte ou des options de parcours, pensez aussi aux pistes dédiées au déjeuner sur l'herbe dans les expositions et lieux culturels de France. Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, en Normandie, et le village de l'Herbe à Cap Ferret constituent deux lieux dont les noms résonnent avec cette thématique végétale et pastorale si présente dans l'imaginaire artistique français. Ce sont des pistes d'exploration géographique et culturelle, des endroits où la verdure et le rapport à la nature entrent en dialogue avec les récits visuels que la peinture française a construits depuis le XIXe siècle.
Mises en perspective : liens avec l'impressionnisme et l'art moderne
Manet n'est pas à proprement parler un impressionniste, mais il en est le déclencheur. Deux ans après l'exposition du Bain au Salon des Refusés, Claude Monet peint sa propre version du Déjeuner sur l'herbe (1865-1866), aujourd'hui au musée d'Orsay et au musée Pouchkine à Moscou pour le fragment central. Ce tableau de Monet est une réponse directe à Manet : même titre, même motif de plein air, mais une ambition différente, celle de saisir la lumière naturelle et les effets de végétation avec une touche plus libre. Comparer les deux œuvres, c'est comprendre comment un scandale féconde une génération entière.
Renoir, Pissarro, Bazille, tous travaillent la scène de plein air dans ces mêmes années, tous cherchent à faire de l'herbe et de la lumière tamisée sous les arbres un sujet pictural à part entière, pas un simple décor. Ce que Manet avait ouvert comme brèche (la nature contemporaine, banale, vécue), l'impressionnisme va en faire un programme.
Dans une perspective encore plus large, le motif du déjeuner sur l'herbe traverse tout l'art moderne français. Picasso l'a repris dans une série de variations dans les années 1960, dialoguant directement avec Manet. Cézanne, lui, a transformé la scène de plein air en structure géométrique, posant les bases du cubisme. L'herbe comme espace de rencontre entre figures humaines et nature n'a jamais cessé d'alimenter l'imagination des peintres français depuis 1863.
Pour aller plus loin, plusieurs pistes concrètes s'offrent à vous : consulter la notice complète du musée d'Orsay en ligne (elle est détaillée et accessible), explorer la fiche de l'œuvre sur le site Histoire par l'image qui propose une analyse guidée très utile, et vous intéresser à la composition du tableau, comment Manet organise l'espace, les plans, les regards, qui fait l'objet d'analyses spécifiques que vous pouvez approfondir en parallèle. La question de l'année 1876 et d'une autre version du motif pastoral constitue également un prolongement fascinant de cette histoire visuelle. Si vous vous demandez à quoi correspond cette année 1876 et comment le motif évolue, le « déjeuner sur l'herbe 1876 » ouvre une piste passionnante pour prolonger votre lecture de Manet.
FAQ
Quand on cherche “déjeuner sur l’herbe 1863”, comment être sûr de tomber sur le bon tableau (Manet) et pas sur une autre œuvre portant un titre proche ?
Vérifiez au minimum trois éléments: le peintre (Édouard Manet), le titre d’origine au Salon des Refusés (Le Bain) et la date de présentation en 1863. Les versions “après Manet” (comme celles de Monet) sont souvent datées 1865-1866, donc un résultat affichant une autre période signale généralement une œuvre différente.
Le tableau s’appelle vraiment “Déjeuner sur l’herbe” dès 1863 ?
Non. En 1863, il est présenté sous un autre intitulé, Le Bain, au Salon des Refusés. “Le Déjeuner sur l’herbe” devient le nom durable surtout après coup, quand les musées et l’histoire de l’art stabilisent l’appellation.
Pourquoi parle-t-on parfois de “la partie carrée” pour la même œuvre, et est-ce un surnom officiel ?
C’est un surnom attribué à Manet en privé. Ce n’est pas un titre de catalogue officiel, mais un repère intéressant pour l’identification, car il renvoie à la manière dont il perçoit la scène et sa composition.
Le scandale vient uniquement du nu féminin, ou y a-t-il d’autres motifs de rejet à l’époque ?
Le rejet ne se réduit pas à la nudité. Le point central est la vraisemblance sociale, c’est-à-dire une femme nue placée dans une scène contemporaine à côté d’hommes habillés comme des bourgeois ordinaires. C’est l’écart entre le “prétexte pastoral” et la vie quotidienne qui choque.
Qu’est-ce qui est le plus utile pour “lire” la composition sur place, si je veux éviter d’être bloqué par le regard de la figure nue ?
Faites l’inventaire des plans d’abord: commencez par l’herbe et la bordure végétale, repérez l’absence d’horizon et l’effet d’alcôve, puis seulement ensuite examinez les postures et les regards. Cette méthode clarifie pourquoi l’espace paraît à la fois plat et tendu.
Quelle est la différence de sens entre le “pastoral” de tradition et la scène de plein air chez Manet ?
Dans la tradition, la nature sert souvent d’arc narratif idéalisé, avec une dimension allégorique. Chez Manet, la nature devient un cadre contemporain de loisir, sans transformation mythologique, ce qui requalifie le sujet en observation du présent plutôt qu’en contemplation d’un mythe.
Si je veux confronter l’origine pastorale avec l’œuvre de Manet, quel autre tableau dois-je chercher et pourquoi ?
Le plus pertinent est Le Concert champêtre de Titien (tel qu’identifié comme référence pastorale). L’idée n’est pas seulement de “voir la source”, mais de comparer deux façons d’associer figures et verdure, l’une idéalisée, l’autre ancrée dans le quotidien.
Mon premier réflexe est de comparer Manet et Monet, par quoi commencer pour que la comparaison soit pertinente ?
Comparez d’abord le motif et le titre (même scène de plein air), puis cherchez ce que Monet change concrètement: la saisie de la lumière naturelle et la manière plus libre de traiter les effets de végétation. Ainsi, vous verrez comment un scandale initial déclenche une ambition technique différente.
Y a-t-il une confusion fréquente avec les dates liées au Salon des Refusés et à l’exposition ?
Oui. Le point à retenir est que l’œuvre de Manet est montrée au Salon des Refusés en 1863 sous le titre Le Bain, puis qu’elle acquiert progressivement son appellation définitive. Si un résultat mélange les dates ou affiche une autre année sans mention du Salon des Refusés, méfiance.
Pour préparer ma visite à Orsay, combien de temps prévoir et que regarder dans les salles pour relier Manet à son époque ?
Prévoyez au moins deux heures, l’objectif étant de situer Manet dans les années 1860-1880, pas uniquement de “voir le tableau”. Les salles de cette période permettent de comprendre comment les tendances coexistent, même quand l’institution officielle débat avec les artistes plus novateurs.
“Déjeuner sur l’herbe” renvoie parfois à des lieux portant le mot “Herbe”, est-ce utile pour comprendre l’œuvre ou est-ce plutôt un détour culturel ?
C’est surtout un détour culturel. Saint-Germain-la-Blanche-Herbe (dans l’imaginaire local) et Le village de l’Herbe à Cap Ferret évoquent la verdure et la proximité avec la nature, ce qui peut nourrir une lecture thématique. En revanche, cela ne remplace pas l’analyse iconographique et picturale du tableau.

Texte et commentaire du Déjeuner sur l’herbe de Manet, avec repères sur l’herbe et modèles pour 7e

Décryptage du Déjeuner sur l’herbe lié à Guillaume Durand: herbe, lumière, composition et pistes d’interprétation.

Décrypte le Déjeuner sur l’herbe de 1876: polémique, scène et symbolique de l’herbe, puis pistes pour le voir et explore

